Camille Vidart (1854-1930), l’éloquente féministe


Camille Vidart

Camille Vidart naît à Divonne-les-Bains en 1854. Elle est la fille du médecin français Alphonse Vidart (1818-1883) et de la suissesse Louise Vaucher (1832-1863). Par sa mère, elle est la petite-fille de François Vaucher (1807-1867), conseiller d’État et architecte suisse. Par son père, elle est la petite-fille du médecin nancéen Jean Vidart (1792-1864), la nièce de Paul Vidart (1817-1873) fondateur de la station thermale de Divonne-les-Bains, et la cousine par germain de René Vidart (1890-1928), pionnier de l’aviation sujet d’un précédent article.

Camille est donc l’enfant d’une famille de très grands lettrés. C’est tout logiquement qu’elle entreprend des études : ce sera les langues. Elle les étudie à l’Université de Lyon et y obtient son diplôme supérieur de Français.

 

En 1875, à 21 ans, elle enseigne à l’école de jeunes filles de Peschier, à Genève. En 1880, sa carrière bascule. Âgée de 26 ans, elle postule à un poste de maître principal à l’École supérieure de Zurich, poste réservé aux hommes. Son prénom épicène (autant masculin que féminin) trompe le jury, qui la convoque. Elle réussit à les convaincre. Camille Vidart devient alors la première femme à devenir maîtresse principale d’un tel niveau en Suisse. Lors de son passage à Zurich, la suissesse Johanna Spyri (1827-1901) la sollicite pour traduire en français son nouvel ouvrage au succès fulgurant écrit en langue allemande : Heidi. Camille s’exécute et réalisera également la traduction de la suite, Encore Heidi.

En 1884, désirant revenir en Suisse romande, elle devient enseignante à l’école Vinet de Lausanne puis, en 1886, abandonne sa carrière et retourne à Genève pour s’occuper de sa tante, vivant alors de cours privés et se concentrant sur son militantisme féministe.

 

Réputée pour son éloquence et ses talents d’oratrice, et grâce à son lien avec sa colocataire, la physicienne et féministe anglaise Harriet Clisby (1830-1931), elle excelle dans son engagement militant féministe et s’impose lors de nombreuses conférences.

Elle rejoint l’Union des Femmes de Genève en 1891, dont elle sera la vice-présidente (1892-1898) puis la présidente (1898-1902). C’est dans ce cadre qu’elle organise le premier Congrès suisse pour les Intérêts féminins (1896, dans le cadre de l’Exposition nationale suisse), qui lui permet de mettre en avant les activités extra-domestiques des femmes en présentant la plupart des associations existantes. Elle créée également la même année la Commission nationale permanente des Intérêts féminins.

En 1899, elle fonde l’Alliance nationale des Sociétés féminines suisses (ASF) et en est membre du comité de direction jusqu’en 1908. C’est aussi en 1907 qu’elle créée, avec Auguste de Morier, l’Association genevoise pour le Suffrage féminin, préalable à la création de l’Association suisse pour le Suffrage féminin (ASSF, fondée en 1909).

 

Au niveau international, elle adhère d’abord en 1891 à la Fédération abolitionniste internationale (FAI), militant pour l’abolitionnisme en matière de prostitution. Puis elle devient secrétaire de l’Association internationale des Femmes (AIF), première organisation transnationale de femmes, créée par la suissesse Marie Goegg-Pouchoulin (1826-1899), militant en son sein pour l’égalité entre les hommes et les femmes et notamment le droit de vote des femmes, mais également entre 1899 et 1904 du Conseil international des Femmes (CIF), créée en 1888 et visant à unifier les organisations nationales. En 1925, avec deux genevois, le psychologue Edouard Claparède (1873-1940) et le pédagogue Adolphe Ferrière (1879-1960), elle créée le Bureau international d’Éducation (BIE), qui centralise la documentation relative à l’enseignement et tout ce qui relève de l’éducation. Elle prend part également à d’autres organismes :

-          l’Alliance internationale pour le Suffrage des Femmes (AIF, créée en 1904),

-          l’Union mondiale de la Femme pour la Concorde internationale (UMF, fondée en 1915 par Clara d’Arcis, pour œuvrer pour la paix),

-          la Ligue internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté (LIFPL, fondée en 1915).

 

Outre son activité associative, elle œuvre localement auprès des femmes défavorisées ou esseulées, avec des ateliers, des bureaux de placement ou encore des restaurants pour ouvrières. Camille Vidart publie également, dans des revues comme Le Mouvement féministe (créé en 1912 par Émilie Gourd (1879-1946) et devenu L’Émilie, existant encore actuellement), où elle est membre du comité directeur de sa création jusqu’à sa mort.

 

Elle décède à Genève en 1930, à l’âge de 76 ans, a priori très touchée et épuisée des vaines tentatives pour le droit de vote des femmes.

 

Photographie de Louise Fueslin-Rigaud, vers 1890 (Bibliothèque de Genève).

Sources : Wikipedia, 100elles.ch

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