Pierre Baudin (1863-1917), le sérieux au service de la République
Baudin. Ce nom résonne forcément aux oreilles aindinoises. Alphonse Baudin (1811-1851), natif de Nantua, fut médecin et député. Alors qu’il était près des barricades du lendemain du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte (2 décembre 1851), en totale opposition à cette prise de pouvoir et pour montrer à des ouvriers lui lançant « Croyez-vous que nous allons nous faire tuer pour vous conserver vos 25 francs par jour ?! », il rétorqua « Vous allez voir comment on meurt pour 25 francs ! », monta sur la barricade un drapeau à la main et fut tué par les soldats du 19e de ligne. Enterré à Montmartre, ses restes sont transférés en 1889 au Panthéon, étant devenu, après la chute de Napoléon III, un symbole républicain face au despotisme.
Pierre Julien Joseph Baudin, né douze années après les faits, est son neveu. Né comme lui à Nantua, il est le fils de Camille Baudin (1827-1917, même année que son fils), médecin, maire de Nantua (1881-1885) et conseiller général (1881-1910), et de Mélanie Jacquet (1831-1914). Sa sœur aînée, Rose (1856-1872) décède à l’âge de 16 ans. Généalogiquement, il est ainsi :
- le petit-fils de Pierre Baudin (1779-1853), engagé dans la Marine, chirurgien-major à Paris et directeur de l’hôpital de Nantua, maire de Nantua (1814),
- le neveu, donc, d’Alphonse Baudin,
- le neveu de Georges Baudin (1808-1880), notaire à Brénod, père de Victor Baudin (1841-1913), ingénieur et maire de Bellegarde-sur-Valserine (1891-1893, 1896-1900), propriétaire du château de Musinens, et des peintres Emile (1844-) et Félix Baudin (1848-1909)
- le neveu de Paul Baudin (1828-1854), notaire à Nantua
- le neveu d’Adèle Baudin (1830-1865), visitandine à Gex
Il devient avocat au barreau de Paris et journaliste (il collabore notamment au Figaro et dirige le Courrier de l’Ain) et se lance en politique, pour le parti républicain, radical et radical-socialiste. Il devient rapidement membre du Conseil municipal de Paris à 27 ans, en 1890, et en devient le vice-président en 1895 puis le président en 1896. Durant son mandat, il se range du côté du peuple et du suffrage universel : lutte contre certains agissements policiers, demande de l’autonomie municipale, demande de préséance des élus sur les préfets, etc.
Il devient député dès l’âge de 35 ans, pour la Seine (1898-1902) puis abandonne son siège pour celui de l’Ain (1902-1909), avant d’être élu sénateur de l’Ain (1909-1917) suite au décès de Joseph Pochon. En tant que membre du Parlement, il milite notamment en faveur du développement de l’artillerie (et notamment pour la création de nouveaux régiments), pour le traité franco-marocain de 1912, l’organisation de l’aéronautique militaire, etc., tout en prenant d’une éventuelle menace allemande.
En parallèle, il obtient deux portefeuilles ministériels. Un an après son élection comme député de la Seine, le Président du Conseil Pierre Waldeck-Rousseau le nomme ministre des Travaux publics (1899-1902), prenant part à l’organisation de l’Exposition universelle de 1900 mais également à la mise en place des travaux sur les canaux et les ports du pays. Dix années plus tard, il devient ministre de la Marine (de janvier à décembre 1913) dans les gouvernements Aristide Briand puis Louis Barthou, dans un temps relativement court mais lui permettant d’accélérer les constructions navales et notamment celle des sous-marins.
Il publie plusieurs ouvrages : Les Forces perdues (1903), Les Points de vue français (1906), L’Alerte (1906), La Vie de la Cité (1908), Le Budget et le Déficit (1910), Les Journées du Bourget (1911) ou encore L’Argent de France (1914).
Pierre Baudin se marie deux fois. La première, en 1893 à Paris avec Alice Lafargue (1869-1941), dont le frère, Aimé Lafargue (1873-1963) est son secrétaire particulier, et qui deviendra sous-préfet puis préfet (Ariège puis Mayenne puis Côte-d’Or). Pierre Baudin et Alice Lafargue divorcent en 1903.
Il se marie une seconde fois, en 1907, toujours à Paris, avec Georgette Ochs (1884-1982), fille du négociant en perles et diamants Louis Ochs (1855-1941).
Il est le père de Pierrette Baudin (la seule de son premier mariage) (1894-1971), qui se marie en 1922 avec le comte Raymond de Bérenger, marquis de Sassenage (1872-1945), fils du député de l’Isère Raymond de Bérenger (1811-1875), d’Anne-Marie Baudin (1908-) et de Françoise Baudin (1915-), qui épouse Robert Platon (1899-1977), fils d’un industriel marseillais.
Atteint d’une grave maladie, il meurt le 31 juillet 1917 (son père décède le 1er février) à Rueil-Malmaison, à l’âge de 53 ans, et est enterré, comme l’était son oncle, au cimetière de Montmartre. Lors de son éloge funèbre au Sénat, le président Antonin Dubost dit de lui : « Il n’y avait pas de question d’intérêt national qu’il n’eut abordé dans ses écrits et dans ses discours, toujours par le large côté où se sentait la liaison avec les grands problèmes mondiaux. Sa plume, comme son éloquence et sa personne, était sobre et nerveuse ».
Photo : M. Baudin, ministre de la Marine, gros plan. Photographie de presse. 1913. BNF
Sources : Dictionnaire des Parlementaires français (J.Jolly), Sénat, Assemblée nationale



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