Alfred-Ernest Babut (1878-1962), le défenseur annamite
Né le 2 janvier 1878 à Sedan (Ardennes) d’une repasseuse, Marie Chapus, il est reconnu par son père, Augustin Babut à l’âge de 6 ans.
Il arrive en Cochinchine (sud de l’actuel Viêt Nam) comme militaire en 1899. Connu pour son irrévérence, il est envoyé dans une compagnie disciplinaire. De retour à la vie civile, il trouve un emploi aux Messageries fluviales de Saïgon avant de se tourner vers le journalisme au Tonkin (nord de l’actuel Viêt Nam). Il collabore ainsi notamment à La Tribune tonkinoise. Rapidement, il relève les travers de la colonisation, d’autant qu’il s’intègre parfaitement à la population : il parle le vietnamien couramment et vit avec une compagne indochinoise, qu’il épouse à Hanoï en 1917. Il lutte alors en compagnie d’annamites tels que le pacifiste Phan Châu Trinh (1872-1926) et devient partisan de l’obtention de droits démocratiques, fondant également le journal en langue vietnamienne et chinoise le Dai Viet Tan Bao en 1905. Avec la Ligue des Droits de l’Homme, il défend son ami Phan, condamné à mort par les autorités mandarinales. Celui-ci s’en tire avec un emprisonnement puis un exil en France. En 1911, avec le soutien du gouverneur général de l’Indochine Albert Sarraut (1872-1962), futur Président du Conseil, Babut devient débitant général des alcools indigènes en Annam.
En 1917, après son mariage, il se rend en France pour se battre dans les tranchées, au sein du 52e Colonial. Il est capturé et finit la guerre en Allemagne. Une fois la paix venue, il reste à Paris et retrouve Phan. Il rencontre alors de nombreuses personnalités politiques tels que le député Albert Thomas (1878-1932), le Président du Conseil Paul Painlevé (1863-1933), le philosophe Victor Basch (1863-1944) mais également Nguyen Ai Quoc, futur Ho Chi Minh (1890-1969). Avec l’appui de Nguyen Phu Khai, il fonde le journal La Tribune annamite, qu’il dirige par abonnements depuis la capitale mais qui ne vivra que d’avril à septembre 1921.
En 1922, il revient en Indochine et devient directeur du Courrier saïgonnais, journal à tendance anticolonialiste. En 1924, il part au Tonkin où il participe à La Revue du Pacifique, dans laquelle il milite pour une future indépendance, puis, en 1929, il crée son journal à Hanoï, le bimensuel La Revue Franco-Annamite, abordant essentiellement la politique indigène, et, en 1930, Librement socialiste, aux prises de position libérales. Lors de la Seconde Guerre mondiale, en raison de ses prises de position, il est arrêté avec son épouse et emprisonné trois années. Ressorti ruiné et mis au ban par le Gaullisme à cause de son amitié avec Ho Chi Minh, Babut quitte le Tonkin et est hébergé par l’amiral Georges-Thierry d’Argenlieu (1889-1964) à Dà Lat, dans les hauts plateaux de l’Indochine.
Babut rentre en France en 1959 et meurt le 5 juin 1962 à Ambérieu-en-Bugey.
Photographie : « Babut à Hanoï en 1930 » par Daniel Danzon.
Sources : Revue Vingtième Siècle, Defap, L’Indochine, les droits humains entre colonisateurs et colonisés, la Ligue des Droits de l’Homme (1898-1954) de Daniel Hémery (2001)



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