Clotilde Bizolon (1871-1940), la Maman des Poilus

 

« La Guerre m’a pris mon fils unique, désormais tous les soldats seront mes fils ! »

Clotilde Bizolon

Née à Coligny en 1871 dans une famille paysanne de Verjon, Clotilde Thévenet épouse le cordonnier Bizolon, avec lequel elle s’installe dans le quartier de Perrache à Lyon où ils ouvrent une boutique de cordonnerie. Son époux décède en 1893 (Clotilde n’a que 22 ans), il sera suivi par leur fils unique Georges Bizolon, mort pour la France en 1915 dans les tranchées de l’Artois.

Dès le 11 août 1914, aidée de ses amis et voisins, elle met en place sa propre œuvre de guerre, « Le Déjeuner du Soldat », une buvette de plein air faite de bric et de broc, à proximité de la gare de Perrache et face à l’hôtel Terminus, afin de réconforter les Poilus en transit, leur servant du vin, du café, du pain, des biscuits, du bouillon, du saucisson et tout simplement des encouragements, du réconfort et du soutien moral. Grâce à Edouard Herriot, maire de Lyon, une nouvelle buvette est construite, plus solide cette fois. Les dons, et notamment ceux de l’américain John Jacob Hoff, lui permettent de faire fonctionner sa buvette. La Mère Bizolon devient très vite populaire. Les soldats la surnomment alors « La Madelon », lui fredonnant alors ce chant populaire pour la remercier. Plusieurs milliers de repas ont ainsi été servis, sur environ 80 000 soldats de passage dans la Capitale des Gaules. La buvette ferme ses portes le 28 juin 1919.

Après le conflit, la boutique de son mari est transformée en bouchon lyonnais, et Clotilde Bizolon devient symboliquement la « patronne des bouchons lyonnais ». En mai 1925, Edouard Herriot, devenu Président du Conseil, la décore de la Légion d’honneur pour service rendu à la Nation.

Le Second Conflit mondial débute, la Mère Bizolon, 68 ans, rouvre alors sa buvette pour les soldats partant au front. Les dons multiples lui permettent d’être financièrement à l’abri. Malgré une santé difficile et son âge avancé, elle ouvre chaque jour sa buvette. Mais le 29 février 1940, Clotilde Bizolon est agressée à domicile pour ce qui serait un simple crime crapuleux, dont l’auteur n’a jamais été identifié. Un livreur la retrouve ensanglantée, et, le 3 mars, elle décède des suites de ses blessures à l’Hôtel-Dieu de Lyon. Le lendemain, son « Déjeuner du Soldat » est fermé, le drapeau tricolore marquant le deuil. Les élus, les anciens combattants mais aussi la population lyonnaise viennent se recueillir devant son cercueil. Pris en charge par la ville de Lyon, ses funérailles à l’église Saint-Martin d’Ainay, et malgré le contexte, attirèrent de très nombreux lyonnais, qui l’accompagnèrent au cimetière de la Guillotière, où l’enterrement est célébré par le cardinal Gerlier.

Une plaque commémorative est apposée dans la gare de Lyon Perrache ainsi qu’une rue dans le 2e arrondissement. Sa louche en fer blanc, utilisée pour dans sa buvette, est exposée au Musée Gadagne.

Photo issue du fonds Jules Sylvestre (Bibliothèque municipales de Lyon) Sources : Musée Gadagne, http://www.lamerebizolon.com/

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